Installée à une table de classe, le regard rivé au tableau, Laura suit le cours de son professeur de maths le sourire aux lèvres. Scène ordinaire d’un lycée ? Pas vraiment. Le programme est bien celui de terminale, mais la jeune fille est dans une classe de l’institut pédagogique du 7e arrondissement de Lyon, pour un cours de soutien pas comme les autres.
Depuis un mois, cette élève suit le programme bachelier ou remboursé. Et le fameux remboursement ne semble pas avoir effleuré son esprit un instant : « avoir mon bac, cela veut dire ne plus jamais avoir à faire de maths. Autrement dit : j’ai bien l’intention de l’avoir », glisse-t-elle avec aplomb lorsque son professeur a le dos tourné.
Bonne élève jusqu’à la fin du collège et le début de la seconde, elle concède avoir suivi une scolarité sans trop d’efforts, préférant se consacrer pleinement à sa grande passion : le chant. Mais les heures de conservatoire et de solfège ont fini par avoir raison de ses facilités scolaires. Plutôt littéraire, « ma mère a insisté pour que je suive un cursus ES », explique-t-elle.
Vœux exaucés, avec une bête noire : les maths et les sciences économiques et sociales, matières dans lesquelles elle atteint plus souvent le 5 que le 10 aux devoirs sur table. Pas démotivée pour autant, quand sa mère lui a suggéré de passer un contrat avec Acadomia dans l’objectif de préparer au mieux son examen, la lycéenne a troqué immédiatement ses mercredis après midi de libres pour le Programme bachelier.
« C’est très simple, je n’ai pas envie de passer une année de plus au lycée », argumente-t-elle en faveur de ce choix. Et de toute évidence, elle n’est pas seule à s’attacher à remplir cet objectif.
Leçon numéro 1 : la confiance
« Laura est une jeune fille mature pour son âge qui traîne ses malheurs en mathématiques depuis trop longtemps et qui désire se tirer de ce guet-apens. Pour remédier à une situation de ce type, il ne faut pas dramatiser les erreurs et rester confiant même si ce n’est pas gagné d’avance pour le bac », explique Julien, son professeur de maths.
Cet enseignant surdiplômé en physique et en mathématiques a enseigné dans des lycées difficiles à Lyon, dans d’autres établissements en Tunisie et donne des cours de soutien depuis plus de 10 ans. Pour lui, l’avantage majeur des cours à effectifs réduits c’est la connaissance de l’autre.
Afin de permettre à Laura de raccrocher avec cette matière, il mise sur la confiance que la jeune fille doit prendre en elle. « Quand on ne comprend pas des exercices et qu’au mois de janvier le professeur au lycée envoie le lourd du programme: il est important d’avoir un soutien tant moral que pédagogique pour ne pas décrocher. La méthode mise en place est de reprendre point par point les éléments de cours que Laura n’a pas compris. Je lui propose des exercices les plus concrets possibles pour qu’elle intègre les notions. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’une notion qui est difficile à intégrer en terminale ramène à des lacunes antérieures. D’un problème de compréhension, nous remontons parfois jusqu’au programme de troisième pour que le cours soit assimilé. »
Et Laura ne boude pas cette remise à niveau : « ça me fait plaisir de mieux comprendre. » La porte de la classe se referme. On laisse Laura penchée sur ses équations.
Dépasser la mauvaise note et surmonter le blocage
Direction Maisons-Alfort, en proche banlieue Parisienne, où Sophie, 17 ans, en classe de terminale S, et sa mère Danielle, nous ouvrent les portes de leur domicile. La jeune fille vit le même challenge que Laura pour son bac : combler ses lacunes en maths, lesquelles ont été accumulées en classe de première.
Chez elle, le fort coefficient de cette matière génère un redoutable stress dont la lycéenne, comme sa mère, aimeraient bien se débarrasser. « Sophie a eu une très mauvaise note à son premier devoir sur table de mathématiques. Elle est rentrée à la maison en larmes. Elle voulait arrêter le lycée », explique la maman, le visage attristé par les difficultés rencontrées par sa fille.
Alors, quand elle a pris connaissance du programme bachelier, elle n’a pas hésité un instant. « C’est maintenant qu’il faut agir et Sophie est demandeuse d’aide, alors même si l’investissement financier est important, c’était tout vu. »
La jeune fille est une élève très assidue, travailleuse et extrêmement motivée. Son rêve : devenir médecin urgentiste. Mais elle ne s’autorise que très peu à penser à l’avenir « car quand je vois mes résultats, je m’interdis d’y songer ». Et c’est ce manque de confiance en elle que son professeur de maths, Andry, compte régler : « Je suis toujours très confiant pour mes élèves. C’est sûr que Sophie est une élève qui a des difficultés. Mais je crois aux bienfaits du travail scolaire. Or elle travaille beaucoup. Et l’effort est toujours récompensé. Aujourd’hui elle est paralysée par le cercle vicieux de l’échec. Il faut qu’elle dédramatise la note. Car cette note sacralisée n’est pas du tout représentative de ce qu’est un élève dans son individualité. »
Et ce vendredi soir, après son cours particulier, comme chaque jour, Sophie passera cinq heures, le nez plongé dans ses cours pour mener son combat : la moyenne.
Changer son rapport au savoir
Retour à Lyon, à l’agence d’Acadomia, où Laura sort de son cours de maths pour replonger, après une courte pause, dans des cours de sciences économiques et sociales cette fois. Autre discipline, autre professeur et autre méthode. C’est un autre Julien qui prend Laura en charge. Les deux professeurs se passent le relais dans la même salle de classe et échangent plusieurs minutes sur les progrès de l’élève. Le prof d’éco, diplômé d’un DESS de droit et de Sciences Po, a longtemps enseigné aux Etats Unis.
Depuis son retour en France, il donne des cours en prépa HEC et Sciences-po. Entre autres objectifs, il souhaite lui apprendre à avoir un rapport plus adulte aux savoirs. « Laura, comme tous les élèves de terminale, avait beaucoup d’a priori sur l’économie. Dans la tête des jeunes de cet âge, les notions d’éco sont chargées du discours Claire Chazal ! A savoir, quelques mots sur le cac 40 à la fin du vingt heures ou un reportage sur la crise. Le plus difficile, c’est de lui permettre de comprendre ce qu’est l’économie dans la vie de tous les jours. Avec Laura, quand on parle de la notion d’amortissement, on commence par essayer de comprendre ce que représente l’amortissement sur l’achat d’une paire de chaussures. »
Ces exemples simples et illustrés permettent à la jeune fille et son professeur de reprendre le programme du lycée heure par heure. « Il nous a fallu un mois pour l’amener à maitriser les notions présentes dans 70% de ses cours. Je pense que si l’on travaille régulièrement, elle pourra obtenir de bons résultats », affirme le professeur.
Mais il précise que son rôle ne s’arrête pas là. « Il ne suffit pas d’être prof dans le programme bachelier. Il faut permettre à l’élève d’éviter le bachotage à quelques mois de l’examen. Pour cela, on prend le temps de parler du programme et de le refaire. Et puis, Laura a une passion extra scolaire, il est nécessaire d’en tenir compte. Nous avons commencé l’année en réécrivant son planning, tenant compte de ses heures de musique, de cours, de soutien, de révisions et même de sommeil. Puis nous avons essayé de comprendre quel type de mémoire utilise Laura. Elle est visuelle. Du coup, elle utilise trois couleurs pour faire ses fiches et toujours les mêmes. » Plus qu’un discours ses profs lui apportent méthode et soutien. Et Laura se sent rassurée. « Le bac représente une étape, un truc qu’il faut passer et du mieux possible. Seule, je ne m’en sortirais pas. Au lycée, ce que j’apprends ne m’intéresse pas. Je n’arrive pas à m’épanouir en cours. Avec le programme Bachelier, j’assimile plus vite mes cours et c’est un gain de temps. »
Un point essentiel pour elle. Car le temps gagné sur ses lacunes, c’est du temps qu’elle accorde au chant. Et avant de penser à avoir son bac, ou de viser une mention, la jeune fille se fixe un objectif très terre à terre : « avoir la moyenne en maths et maîtriser quelques notions d’économie. »
Derrière l’objectif du bac : celui de la réussite de sa vie d’adulte
A Maisons-Alfort, le bac s’érige comme un lourd symbole. Il représente une délivrance qui se fait attendre pour Sophie. « Car le lycée, quand on ne décroche pas de bonnes notes, explique-t-elle, c’est l’humiliation d’un prof qui présente une mauvaise note devant tout le monde, un sentiment d’infériorité vis-à-vis des autres élèves et de la culpabilité de ramener un mauvais bulletin aux parents. Et puis, c’est aussi un manque de reconnaissance, les profs ne savent pas forcément le travail qu’il peut y avoir derrière une note, même mauvaise». Sa mère a commencé à travailler très jeune et n’a pas eu la chance de passer son bac.
Elle est fière de sa fille et aspire simplement à la voir heureuse. « Certains parents se battent avec leurs enfants pour qu’ils travaillent plus. Moi, c’est l’inverse, j’aimerais qu’elle sorte pour faire la fête ou se changer les idées». La pression du bac, Sophie se la met donc seule. « Les études représentent la réussite pour moi. Le bac est une première étape et je veux la réussir au mieux », résume-t-elle.
Le baccalauréat prend une toute autre dimension au contact de ces deux élèves, celle d’une liberté, d’une réussite attendue, consécration de 15 ans de scolarité.
Rendez-vous début mars pour retrouver Laura et Sophie, dans leur préparation au Bac.